Vaccination : Ce que les labos ne vous disent pas. (parce que c’est écrit sur la notice)

J’ai eu cette discussion avec mes patient(e)s un nombre incalculable de fois. C’est l’automne, il fait froid et humide. Les feuilles tombent et la goutte au nez menace.

Appelons-la Mme P. 75 ans. Une prothèse de hanche, 3 infiltrations du genou au compteur, de l’hypertension qui fait de la résistance. Un cancer du sein, il y a des années. Elle en a vu des vertes et des pas mûres. Et ça ne va pas en s’arrangeant. Les petits enfants qui ne viennent plus. Le mari qui commence à gâtouiller sérieusement. Les copines qui sont malades ou parties plus tôt que prévues. La pente descendante de la vie qui se fait sentir de plus en plus.

Depuis le temps qu’on se connait, elle m’apprécie. J’ai toujours été de bon conseil. Et je prend le temps quand sa coupe est pleine de l’écouter.

Alors viens le moment fatidique où je lui recommande de faire ses rappels de vaccins saisonniers: la grippe et LE covid (l’Académie Française en sueur). Le « ET » est très important ici, on le verra plus tard.

Sa réponse est quasi immédiate: « J’en ai marre des vaccins, je fais déjà la grippe tous les ans. Et puis j’ai mes 3 doses de covid qu’on m’a forcé à faire donc maintenant stop! ».

Ici, le pilier de Mme P. (=la fondation de sa croyance) ce n’est pas une étude médicale, c’est son sentiment de saturation. C’est le « j’ai déjà donné ».

Ok. 50% de réussite. Pas si mal. Big pharma sera content. Moi et mes actions chez les labos aussi.

NB pour la team 1er degré: ceci s’appelle de l’ironie. Je n’ai pas d’actions chez Big Pharma, j’ai de l’éthique quand même. Seulement chez les Reptiliens/Illuminatis.

Sa réponse est intéressante. En l’occurrence, elle n’est pas dans la posture de quelqu’un qui ne croit pas que le vaccin est inutile. Elle a conscience de manière empirique que si je lui propose, c’est qu’il y a une raison (autre que les actions chez les Reptiliens/Illuminatis).

Elle a ce qu’on pourrait appeler un biais d’avarice cognitive: après trois doses, le coût mental d’une quatrième dose est perçu comme trop élevé par rapport à un risque que son cerveau a fini par « normaliser ». En gros, son cerveau cherche à économiser de l’énergie, parce que les premières doses ont eu un coût non négligeable pour elle, directement et indirectement et que maintenant, la situation sanitaire est sous contrôle.

La troisième dose est donc devenue la dose limite à ne pas dépasser. Sa réflexion est purement binaire: protégée/pas protégée, doses obligatoires/pas obligatoires. C’est ce qu’on appelle une approche fréquentiste de la situation. C’est très intéressant car cela s’oppose à une approche Bayesienne. Mais nous y reviendrons dans un prochain billet.

En l’occurrence, je prends le temps de lui expliquer que l’immunité, ça va en décroissant, ce n’est pas du on/off. Déjà, il faut la plupart du temps plusieurs doses pour qu’un vaccin soit suffisamment efficace pour générer une mémoire immunitaire sur le long terme. Et cette mémoire immunitaire, elle va en décroissant. Comme mon estime pour les mangeurs de pizza hawaïenne.

Pour compliquer la chose, le virus lui en attendant il mute, il s’adapte. C’est le Manuel Valls des virus. Mais pour ça Mme P. elle a une réponse toute prête: « Oui, mais de toute façon ils disent tous ça. » Aïe.

Alors là on est coincé. C’est ce qu’on appel un biais de confirmation inversé. Mme P. ne voit pas une convergence de preuves scientifiques, mais une convergence d’intérêts suspects. La répétition d’un message n’est plus vue comme un signe de sa solidité, mais comme un signe de sa malhonnêteté. Elle rejette par avance toute preuve contraire. Peu importe l’argument que je vais apporter, il sera classé dans la catégorie « propagande » ou « discours officiel ». C’est présumer une collusion (complotisme de basse intensité) qui dispense de vérifier les faits individuellement. Cela rend sa croyance infalsifiable.

Dans ces cas-là, il ne sert à rien de questionner la croyance. Il vaut mieux essayer de s’intéresser à sa méthode de tri de l’information. Je lui demande alors « Si une chose est répétée par tous le monde, comment faire la différence entre une vérité qui fait consensus dans son domaine et un mensonge répété partout? »

Ici on ne cherche pas à questionner la conclusion, mais le chemin qui y a mené. Et là en l’occurrence, elle s’est radoucie. Parce que c’est moi et son médecin traitant qui lui en avons déjà parlé. Des gens en qui elle a confiance depuis des années. Qui ont prêté serment de soigner. Et on ne mange pas de pizza hawaïenne en plus, donc ça compte.

Je lui pose alors la question qui fâche: « Qu’est-ce qui pourrait vous faire dire que 3 doses ne sont plus suffisantes ? »

Et là, ça bug sec. Mme P. reste silencieuse. Le cerveau mouline. Ce silence, ce n’est pas un échec de communication. C’est ce qu’on appelle une aporie. C’est le moment où le système s’aperçoit qu’il tourne en boucle. C’est là, et seulement là, que la graine de doute peut germer.

Elle réalise qu’elle n’a pas de critère objectif, juste un sentiment de saturation. Qui est parfaitement humain. Cette dose la renvoie à tous ces moments pénibles: le confinement, les visios avec la famille, et les directs de Cyril Lignac qui nous expliquait comment rater un soufflé en direct pendant qu’on se battait pour le dernier paquet de coquillettes au supermarché.

Pour la taquiner et parce que je l’aime bien, je finis par lui dire: « posez-vous la question : si plusieurs mécaniciens vous disent que vos freins sont morts, est-ce une conspiration de Big Garagiste ou juste un consensus sur le fait que vous allez finir dans le décor ? ».

Au final, elle est repartie sans son vaccin, mais avec la promesse d’y réfléchir. Et c’est ça le plus important. S’interroger sur le pourquoi et comment se créées nos croyances.

Remarquez que je n’ai pas cherché à lui prouver qu’elle avait tort. J’ai cherché à « muscler » son argument : j’ai reconnu sa fatigue et son effort passé. Une fois qu’elle s’est sentie comprise, les verrous ont sauté. Je ne l’ai pas assommée de statistiques, j’ai juste légèrement déplacé le centre de gravité de sa croyance. Et la plupart du temps, ça suffit pour arriver à se trouver un nouvel équilibre mental.

Au final, le véritable « secret » que les labos ne nous cachent pas, c’est que l’immunité est une conversation constante entre notre corps et notre environnement, ce n’est pas un acquis définitif. Et comme dans n’importe quelle relation de longue date, si on arrête de se parler (ou de faire des rappels), on finit par ne plus se comprendre.

Et vous, c’est quoi le « pilier » qui soutient vos certitudes ? Dites-moi en commentaire. C’est pour un ami Reptilien.

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